Ce week-end j'ai revu quelques amis de-ci de-là. Ce fût une réelle joie. J'aime beaucoup renouer avec ces personnes dont tu sais que la distance et le temps faisant, l'amitié ne perdra pas pour autant de sa valeur. Bien au contraire l'absence prolongée transfigure la relation et c'est avec un plaisir renouvelé que l'on rencontre les personnes. C'est alors que leurs mots déposés sur notre regard nous révèlent à nous-même.
Un copain me dira : "Clém, j'avais oublié que tu étais fou dans ta tête !". Je ne peux que rire de ma folie douce, de ce rire de Joker dans Batman. Oui, un fou de Dieu comme il y a un fou du roi... Un autre soir, un autre pôte : "Quand je t'ai connu, je n'aurais jamais cru te voir ainsi. - ha bon !? - Oui, tu es cultivé, tu apprécies les choses..." Un peu dérouté par cette remarque inopinée. Ces mots qui tout à coup nous parlent de ce que nous sommes faits, de ce que nous avons à assumer.
C'est peut-être pour ça que ce soir, j'ai envie de dire que je suis heureux. J'ai envie de le clamer haut et fort. Souvent on pense que c'est arrogant d'afficher cet amour de soi, d'affirmer son bien-être, que c'est déplacé par rapport aux autres qui n'ont pas forcément cette joie de goûter au bonheur. Surtout en notre époque individualiste où la matière première est le moi affiché (dans des blogs par exemples ;-). Mais n'est-ce pas au coeur du désir de tout homme que d'être heureux ? Chacun ne cherche-t-il pas une manière de vivre qui le comble ? Dès lors, n'est-il pas normal de vouloir de temps à autres se retrouver soi-même, d'être en accord avec soi-même ?
Voilà qu'il faut veiller avant toute chose à cultiver l'humanité qui est en soi, une humanité fragile et délicate qui prend naissance autour de soi. Savoir distinguer la beauté sauvage de ce monde et de ses habitants, en partager la splendeur avec d'autres pour que notre vie prenne le goût d'une existence qui mérite d'être vécu. L'estime de soi conforte la possibilité de s'ouvrir au monde, elle construit la capacité de se donner librement aux autres, alors que le culte de soi enferme et ronge de l'intérieur. La frontière est là entre s'aimer et se préférer, entre s'occuper de soi et se préoccuper de soi.
Je crois surtout que c'est une manière d'aimer et de s'aimer que de se reconnaître fragile aux autres. Plus on est à l'écoute des personnes, plus on se rend vulnérable, car écouter l'autre, c'est se laisser approcher, apprivoiser, c'est se laisser atteindre en plein coeur. C'est laisser entrer l'humanité de l'autre dans notre coeur. Don de soi et amour de soi se nourrissent l'un de l'autre.
Je suis heureux non d'un bonheur aux traits mondains, mais d'un bonheur simple, enraciné dans la vie, parce que mon quotidien est rempli de sens. Clarté de sens rendue par une vie authentique à la mesure de ce que je suis, sans prise de tête quoi. Alors confiant dans cette vie belle et bonne, on a à coeur de partager ces moments avec d'autres, de se donner pleinement dans l'instant. Le souci s'oublie, la joie se diffuse. Parce que la vie au quotidien nous comble de cette joie échangée, tout le monde autour de nous reçoit d'être comblé. Aucune gloire, aucun héroïsme, sinon de vivre.