La fete techno ou les noces de Cana
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L'été approche qui annonce un autre temps que celui de l’affairement de l’homme
ramassé sur lui-même dans un monde qu’il a réduit à sa mesure. Un monde si pléthorique de superficialités, si consumériste de besoins inventés, du même coup si raisonné, si aseptisé, si
monocorde qu’il en devient trop raisonnable et finalement vide de cette émotion vitale, qu’elle soit tragique ou lumineuse, absence de cet essentiel qui fait l’homme, une âme qui parle à son cœur et son corps.
L’enthousiasme nous porte en ces jours où le
soleil irradie de sa lumière étincelante toute la création. La fin tant attendue d'une semaine bien remplie promet un week-end joyeux. La grande aventure se prépare. Anna-Franil nous a
parlé d'une petite soirée qu'organise DJ Sanou, vendeur de matos de zik dans la grande cité qui nous a déjà distillé de bons mixes techno hold-school. Ce sera une free-partie pas loin de
Miribel sur le plateau des Dombes. L'excitation est grandissante tout en espérant que la soirée ne sera pas annulée. Incroyable de sentir cette part agréable de jubilation qui monte en
moi au cours de l'après midi écoutant un peu de musique avec Benny "Absolute Reason" d'Antony & Tuttle de Lyon, alors pressentant ce que
pourra être de manière exponentielle l'ambiance fabuleuse de ce soir.
Le moment venu, fin prêt, nous quittons la demeure à pas feutrés, saisi par le
silence de la nuit alors qu'une sourde mélodie s'échappe de la voiture. Direction chez Lolo retrouver les autres pour partir ensemble à la fête. Là-bas, joie des retrouvailles et fous
rires étouffés au milieu de la rue. Quelques photos volées. Situations burlesques. C’est déjà l'euphorie générale quand on décolle pour la soirée. On suit l'éclaireur. Délire au téléphone
entre véhicules et on se fait finalement trois fois le tour d'un rond point perdu en pleine campagne, dernier vestige de la civilisation, avec coup de klaxon et cris de joie libérés. D'un
seul coup au milieu de nul part nous quittons la grande route pour prendre un chemin qui plonge dans un bois. Agitation dans la voiture pour savoir quel chemin prendre exactement au
milieu des champs de maïs. Et puis après quelques virages, atteignant le haut de la bute, l’ambiance surréaliste d’une rencontre du troisième type…
La fête s’annonce si merveilleuse. Je
parcours l’espace au gré des rencontres tout en cherchant l’endroit où je ressens le mieux le son dans ma poitrine. Envie de danser au milieu de ses étendues aux formes diffuses,
fantomatiques, mystérieuses, secrètes, mais si majestueuses lorsqu’elles sont révélées par les jeux de lumières colorées. Mouvement souple, chaloupé, libre… Lâcher prise, se dessaisir de
soi, laisser le corps exprimer les émotions ressenties, libre dans les gestes. Expérience de liberté d’action, de libération des sens, d’une pensée libérée… Goûter du sein même de son
corps à l’esthétique du grand, du beau et explorer de nouveaux espaces intimes jusque-là inavoués, voire même insoupçonnés. L’impression d’être en accord avec soi-même et en harmonie avec
le monde, d’être en union avec les autres, clamant notre ferveur, notre désir ardent de vivre, les bras lancés au ciel. Faire l’expérience troublante de plonger en soi-même tout en
participant pleinement à ce grand événement de célébration de la vie où l’on partage les mêmes sentiments de joie…
Mais il m’est arrivé par certaines fois de vouloir prolonger le moment de joie
d’une fête en quête d’autre chose, fasciné par une réalité s’éveillant à mes yeux où affleure à l’horizon sa beauté originelle. Emmené par un sentiment troublant à la fois de ferveur et
de paix, j’aspire à goûter toujours de cette joie mais dans toute son étendue et dans toute sa pureté. C’est ainsi que je m’en retourne vers le temple sacré, mystérieusement attiré par
Celui dont je pressens qu’Il peut apporter à ma joie lumière et plénitude.
Et voilà qu’Il se manifeste à moi au carrefour des nations par un repas de Noce,
qui vient transcender en profondeur la vision de fête que je me fais de la vie et que j’ai pu éprouver jusqu’à présent. En effet, Il vient à ma rencontre au cœur de mes rêves les plus
enfouis et de mes désirs les plus charnels, tout droit sortis de ces fêtes techno si chaleureuses et exubérantes. Il ne rejette rien, ne méprise rien, ne condamne rien de ce que je vie
aujourd’hui. Bien au contraire Il comprend cet esprit de convivialité et assume toute cette épaisseur humaine de ma quête de vie qui ne demande qu’à éclater, à s’exprimer et
s’accomplir.
C’est en ce sens aussi que la révélation demeure voilée et n’est que signe parce
que l’heure n’est pas encore venue de célébrer pleinement la noce. Nous sommes appelés à découvrir avec plus de clarté que notre bonheur s’exprime certes dans les plaisirs humains mais
qu’il prend pleine mesure que si ces plaisirs sont partagés et s’ouvrent sur des œuvres d’amour. Alors, nous connaîtrons, nous aussi, l’ivresse de Cana qui peut exploser en sourires et manifester la joie
éternelle. J'ai peur, je doute, je n'ose y croire... Et pourtant je vois au plus profond de moi qu'un jour la noce aura lieu qui embrasera toutes les couleurs de l'humain.
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