Week-end d'inspection parentale, mais surtout la visite exceptionnelle de la 'mater materna', depuis le temps qu'elle voulait voir comment vivait ses petits enfants exilés en région parisienne... Grande expédition pour une grand-mère de 88 ans habitant la région Languedoc-Rousillon, mais prête à vivre l'aventure avec toute la vivacité et l'esprit alerte qui fait son charme...
Pourtant je n'ai pas le coeur à la fête. C'est un peu Tchernobyle dans ma tête en ce moment. Et forcément cela se remarque dans mon appartement 322 laissé un peu à l'abandon... Je m'efforce quand même de faire quelques rangements et nettoyages le vendredi soir, me pose sur quelques mélodies vaporeuses et finit par traîner les pieds pour aller rejoindre toute la petite famille rassemblée chez mon cousin Maitre Phil et sa copine.
Mon pater m'accueille grand sourire sur le pas de la porte... Les hôtes s'activent aux fourneaux et aux préparatifs de table, tandis que les parents commentent les dernières photos de famille... ça respire amèrement le cocooning... Les décorations de Noël s'étalent aux murs et m'éblouissent à m'en donner la nausée... "Tout ce qui brille n'est pas d'or" m'a-t-on fait remarquer il n'y a pas si longtemps... Je ne me sens pas près à vivre comme ça, de telle manière... Je crois qu'en fait, j'en ai pas envie du tout... Mon père s'enquiert de ma petite vie, je lui débale mes déboires professionnels... Le regard lumineux de ma grand-mère vient réchauffer mon coeur triste... Pendant le repas, la gaieté un peu forcée de ma chère mère pleine de manière et de convenance m'exaspère... Les questions fusent et m'enserre à me faire mal... je me force à répondre timidement que je ne cuisine pas, que je ne fais pas des plats aussi élaborés... voudrais leur dire que je me nourris de TUC et bois des bières avec quelques squatteurs... La fatigue me monte aux yeux...
On ne tardera pas, laissant la grand-mère aux soins de mon cousin et mes parents venant dormir chez moi... Déballage, investissement de ma chambre, envahissement de ma cuisine et puis quelques cadeaux attentionnés et là, c'est le drame... une crêche de Noël... Dissonance... regard fuyant... Dieu et moi, on est fâché en ce moment, on ne se parle plus... alors tu comprendras que ses enfantillages, je les trouve de très mauvais goût. [...] Discussion au salon... ma mère a besoin de parler, mais je n'ai plus la force de tout recevoir, mon père non plus d'ailleurs qui est plongé dans une revue et fini par la pousser doucement au lit... Père bienveillant. Je me pose sur la banquette au milieu de ce salon, mon alcôve, et ouvre mon écrin comme on ouvre une antique boîte à musique au trimbre fragile et mélancolique...
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Au petit matin, mes parents sont déjà réveillés qui s'activent dans la cuisine plein d'attention... Regard encore embué qu'ils partent me faire les courses... Matinées silencieuces comme je les aime... Je pars à l'entraînement de mes jeunes pousses et prends plaisir à les coacher dans une ambiance sérieuse et appliquée étant seul sur le bord du bassin... Au retour chez moi, c'est l'effervescence, me sentant tout à coup étranger en ce lieu. Mes parents m'ont retourné la cuisine pour mon plus grand plaisir, Maître Phil squatte mon PC, ma cousine jumelle a fait le déplacement depuis Paris et Ma grand-mère est émerveillée devant le confort de ma petite garçonnière... Je pressens une certaine joie oubliée autour d'un copieux repas de famille... Mais la ballade me confronte à de tristes réalités... La visite de la vieille église me donne à bouillir... Pourtant l'atmosphère gothique du lieu avec ses vieilles demeures enchassées et le cimetière derrière l'édifice s'enfonçant dans la dense forêt domaniale à flanc de colline m'ouvre à une réalité intime, ma propre mort naissante... Je ne saurais l'expliquer, cela a quelque chose de réconfortant de sentir la mort grandir en moi, cette mort née de ma propre vie. [...]
Promenade au marché de Noël du village... Rencontres fatiguantes, ces enfants à l'innocence chantée dans leur voix que j'ai en enseignement à la piscine, mamans de leçons particulières, mamans accompagnatrices, ces gamines des classes sportives, ces fonctionnaires de la mairie... Vie de village quoi... Retour en mon antre pour buller dans une complicité d'avec ma cousine jumelle... Je la raccompagne à la gare... j'ai aimé son mot, si anodin et pourtant si vrai venant d'une personne aussi insouciante qu'elle... "ne te prends pas la tête, vis ce qui vient comme ça vient..." [...]
Dans le soir, quand la vie s'endort et que les souvenirs montent au coeur des hommes, les anciens viennent à raconter ces trésors qui fondent une existence. Une photo éveille une pensée envers le grand-père maintenant absent de nos vies. Ma grand-mère évoque leur première rencontre avec un regard mutin. C'est amusant comme tout cela semble si présent à ses yeux et surtout extraordinaire de voir la vitalité qui émane de ce souvenir. Elle ressent tant de choses de la vie de chacun d'entre nous. Elle évoque mon témoignage au funéraille et me fait remarquer qu'il est né en moi d'une longue méditation, qu'il est une inspiration que je dois préserver en moi et dont je peux me nourrir aux heures sourdes quand l'horizon s'est éteint... Je m'endormirai dans mon alcôve sur les sons tout intérieur d'Adoration...
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Long réveil, une envie de rester lové sous la couette... Le jour filtre derrière les rideaux alors que l'odeur de café m'appelle... Quelques préparatifs pour une descente sur Paname chez ma cousine jumelle. Sur la route, mes parents sont bercés de souvenirs, notre maison à Colombes, le taff à la défense, l'avenue de la grande armée et le concert de jean-Michel Jarre, le dépôt Sncf, la maternité où je suis né... Accueilli chez ma cousine jumelle aux airs d'Amélie Poulain, en pleine colocation improvisée, en passe de déménager, du coup retirée dans sa chambre. Une chambre d'insouciance, de bohème, d'artiste en herbe.... Maître Phil arrivé avec la grand-mère, on descend au restaurant... Une joie m'emplit doucement, plaisirs de la table... complicité forte... Temps pluvieux qui nous contraint à retourner à son appart et buller en famille... je m'allonge et m'assoupis... sommeil langoureux et d'un profond apaisement... peut-être que c'est cela la vie... être auprès de ceux qu'on aime... être une présence à la fois forte et rassurante, apaisante et discrète, savoir être au plus proche d'eux comme en retrait et les laisser à leur vie, à leur secret, à leur mystère, à leur solitude. Partie de carte improvisée... Maître Phil propose une visite de Paris illuminé, je préfère rentrer chez moi avec mon père. Retour souple, mobile fuyant sur les longues courbes scintilllantes, ouvrant à la confession intime et secrète...
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Je sais que je ne me serai pas montrer sous mon plus beau jour. Mais il est des distances qui savent s'apprécier et se comprendre. Et c'est d'une grande reconnaissance que je porte à ma famille se savoir regarder par-delà les apparences et respecter la part secrète de l'autre.