Zoolook Project variations électroniques sur la vie

Funérailles

DJ Zoolook
Musique : Ave Maria, Gounod
Like : la famille rassemblée...
Dislike : la crémation...
Méditation : Voici que je fais toute chose nouvelle

J'aperçois Philippe et Sylvie en bout de quai. Après une fin de semaine pesante et difficile, nous descendons tous ensemble, les parisiens d'adoption, pour les funérailles de mon grand-père. Mon frangin a bien fait les choses de prendre des places regroupées. Inoue et Ouni ont prévu un petit gueuleton à l'ancienne : on ouvre une bouteille, à notre santé, agrémentée d'olives et de chips, de tomates-cerises, joyeux de la réussite de cette escapade improvisée qui soulage quelque peu du poids de la tristesse de ces derniers jours. On évoque nos activités professionnelles, nos dernières anecdotes, nos projets aux sourires coquins et rêveurs. Après les jeux de société, la fatigue se fait sentir et un assoupissement sur les mélodies flottantes de "trampoline hotel" me plonge dans ce voyage au bout du temps. Arrivée à la gare de Montpellier. Regard évaporé dans l'atmosphère chaude de la ville et route silencieuse vers le petit village en bordure de la cité occitane. Les odeurs m'emplissent de souvenirs et enveloppent mon âme de chagrin. Le petit monde se couche et s'endort rapidement, tandis qu'assis à la table les mots me viennent de loin, de très loin... Je me rappelle...

Réveil matinal pour une longue et funèbre journée. On prend la route, celle qui sentait tant les vacances d'été et les rires d'une enfance évadée. Au loin parmis les vignes, le clocher s'élève au milieu du village méridional. Le coeur se pince devant la maison du patriarche. Déjà du monde rassemblé dans le salon, entourant ma grand-mère de toutes les attentions. Un sentiment indescriptible me porte vers elle et se dégage de son regard une tristesse apaisée. je ressens une paix dans cette maison. J'entre timidement dans la chambre conjugale visiter mon grand père sur le lit de mort. La chambre à coucher des parents a toujours dégagé quelque chose de sacré... Sanctuaire mémorial d'une vie unie, qu'évoquent les photos au mur, tous ces cadeaux révérencieux déposés sur la commode, offrandes, bijoux, amulettes et autres vieux talismans, l'ordonnance des chaises, porte-manteaux, inaugurant le rituel du soir... Cette pièce m'apaise d'une joie enfantine. Allongé dans ton cercueil, Papy, tu es toujours aussi beau et distingué... "Tu nous as quitté dans la discrétion et la paix d'un début d'après-midi, à cette heure où tu aimais tant faire la sieste, un bout de menthe à la bouche, après un repas familiale fait de rencontre et de partage. Oui, d'une vie pleine et accomplie, tu t'es envolé pour un repos éternel."

Ils ont fermé le cercueil. Sur la terrasse, je soutiens ma mère. Je pense alors à Marie de Magdala qui n'a plus trace de son maître. Après l'absence, c'est maintenant la perte de la présence sensible, encore visible de la personne, c'est la disparition. Alors vient le temps d'un long cheminement au travers des souvenirs et des mémoires... Le cortège funéraire se met en branle avec cette impression d'avoir un poids immense sur les épaules. "Ton absence se fait déjà sentir dans nos vies, lorsque nous empruntons les routes de Montagnac". La rétrospective de ces moments privilégiés passés ensemble vient nous habiter. Ces routes combien de fois empruntées pour aller au champs... Et puis le présent, cette grande Dame qui apparaît au loin dans le feuillage des platanes de la grande esplanade. Présence symbolique, figure de la douceur et du réconfort d'une constante attention. Alors nous percevons l'immense don que nous offre celui qui s'éloigne sur les routes de la vie : cette conscience aigüe de l'essentiel dans nos existences encombrées.

Devant l'église, en l'honneur de son dévouement à la patrie durant la guerre et durant sa longue carrière de gendarme, les drapeaux se lèvent. La reconnaissance d'une vie engagée. Une autre forme d'engagement se révèle à nous, celle qui semble échapper à toute ma génération, une solidarité qui s'exprimait dans l'identification nationale. L'entrée dans l'église, d'une grande solennité, semble dire tout le mystère d'une vie accomplie que vient embrasser la grandiose interprétation de la fantaisie de Bach par mon frère en pleine grâce, une vie née en ce lieu et qui s'en retourne par la même porte. Le sacré prend une dimension autre... Une vie à peine éteinte qui s'allume avec splendeur au cierge pascal, en même temps qu'elle naît de son voeux le plus cher dans nos coeurs encore bouleversés de petits-enfants. "Nous te savons aujourd'hui dans le sein de Dieu, goûtant à la joie parfaite".
La cérémonie est accueillante, paisible, sereine, recueillie, chacun priant et participant librement à sa manière, à hauteur de son désir naissant, à l'image de cette improvisation de mon frère à l'orgue - aspirations celestes ou encore de l'accompagnement de ma cousine à la flûte, sincère et fragile. Nombreux sont ceux qui livre
dans une silencieuse pudeur, des larmes de tristesse mêlées à des larmes de joie : la tristesse d'une séparation déchirante et la joie de t'offrir la célébration de toute une vie. "Au file des années à venir, par-delà les convictions, les doutes ou les questionnements, nous savons que cette joie grandira dans nos coeurs, au rythme lent de chacun, remplis de ton souvenir, comblés de ta mémoire, habités de ta présence, pour nous conduire à notre tour, à cette rencontre ultime qui sera notre béatitude". Nous rendons grâce une dernière fois sur l'Ave Maria de Gounod chanté avec émotion par Yves en solo. Mon petit frère ferme le ban à la trompette, repris par l'orgue, emportant ton cercueil sur la sonnerie aux morts.

Je m'éloigne d'un pas lent par les petites rues animées. Je me suis promené en levant mon regard jusqu'à percevoir la belle dame sur la colline ensoleillée. Je me sais à la croisée des chemins : "il vous faut naître d'en haut" (Jn 3, 7). J'entre par la porte au fond du jardin respirant le souffle qui habite ce lieu. Les visiteurs s'approchent, partagent les souvenirs passés ensemble. Dans nos coeurs, nous méditons le sens de la vie qu'ont pu mené nos grands-parents... "Nous gardons en nous l'image d'un homme d'exemple, remarquable de dévouement porté à sa famille durant ces 60 années passées auprès de mamie, fêtés tous ensemble d'une joie entère". Et la réponse est là : Papy, tu as laissé au fond d'une boîte au milieu d'autres lettres tes dernières volontés. Par-delà les formes souhaitées à ton enterrement, tu nous invites en toute simplicité à nous rassembler en ta mémoire autour d'une table et d'une bonne bouteille, dans la paix et dans la joie. Ta volonté de transmettre aux générations futures cette sagesse née de la terre se réalise. "Les manières changent, mais Christ hier et aujourd'hui est le même, il l'est pour l'éternité."

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Commentaires
C
Un bouquet de bisous déposé ici en espérant qu'il mette un peu de baume sur ton coeur et refasse venir vers toi la joie, le bonheur et l'insouciance.<br /> Bien à toi
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D
Merci beaucoup !