J'aime le rêve, fantastique vecteur d'émotions, d'utopies fabuleuses, d'aspiration profonde, d'espérance sincère. Et je sais que cette part d'imaginaire me travaille beaucoup, me nourrit d'imprévisible à découvrir et m'ouvre à la créativité de tous les jours. Je me sais habité longtemps par des pensées qui naissent doucement "au rythme de ma respiration longue", gestation au milieu de souvenirs d'enfance, de fête, de paysages provençaux, animées de mes désirs sourds, portées par l'inconscient insouciant. Et je sais aussi que si je ne dialogue pas assez avec elles de manière claire et sans détour, elles m'envahissent et viennent parfois à défigurer l'être que je suis.
C'est quelque part l'évocation que je faisais au somnanbulisme spirituel. Il arrive que l'artiste se complaise dans ces pensées évadées se laissant prendre dans ses filets, méandres d'idées caduques. J'oublie trop souvent que si j'ai de l'affection pour ces pensées suggestives et donc pour ce qu'elles ont d'improbable source de création, je ne consens pas à leur existence libre, à ce qu'elles prennent forme si ce n'est dans l'écriture, dans la musique. Car s'exprimant là, elles sont le lieu possible de la découverte de sa complémentarité, de sa duplicité, de son être-Autre. Alors je veille à ce qu'elles s'enracinent dans l'expérience quotidienne, les chimères brûlant ainsi au feu de la réalité. Antoine de Saint-Exupéry disait : "fais de ta vie un rêve. Et fais de ce rêve une réalité."
Il faut s'assurer que les rêves en tout genre ne viennent pas altérer notre perception de la réalité. Il faut parfois que je le crie haut et fort, que je m'invective à moi-même que ce que j'imagine, certes je l'évoque, mais je ne l'ai pas réalisé. C'est ainsi que "il est possible de donner expression à l'excès de manière que cet excès ne prenne pas d'effets pervers et aboutisse à son contraire". Ces références aux films "Requiem for a dream" et "High art" depuis quelques mois sont là parce qu'elles portent en elles cet imaginaire sourd qui me travaille, que je cherche à expier, souvenirs d'expériences uniques et maladroites et pourtant riches de sens. Le risque aussi d'une nostalgie de moments intenses que l'on voudrait revivre. Nous sommes ainsi faits que nous avons besoin de symboles. J'ai donc mis aussi en ligne dans mon transistor ces musiques dans ce style électronique sourd et minimaliste à la puissance d'évocation.
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Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux se lève le premier mot d’un vers. Rainer Maria Rilke