"Il y a ici plus grand que le Temple..." Mathieu 12, 6
PLAYLIST : - Patrik Skoog "mankind #16 EP" mankind 2003, acquis le 18/04/2003 - Mr Burns & The Geezer "welcome EP" skankadelic 2003, acquis le 25/04/2003 - Paul Nazca "rumeur EP" Xyrys 2002, acquis le 25/04/2003 - François Dubois "Dark angel" blue 2003, acquis le 09/05/2003 - Monika Kruse "Highway number 4" Terminal M 2003, acquis le 09/05/2003 - Redhead "Pulse EP" audio 2003, acquis le 09/05/2003 - Steve Larson "SFQ center EP" invasion 2003, acquis le 09/05/2003 - Mhonolink "juxtapose EP" mhonday 2003, acquis le 09/05/2003 - Stamp "stamp serie 4" Stamp 2003, acquis le 09/05/2003 - Chris Liebing "analogon remixe EP" CLretry 2002, acquis le 06/06/2003 - Hardcell "entertainment pt 2" zync 2003, acquis le 06/06/2003 - Leandro Gamez "Doméstica EP" intec records 2003, acquis le 06/06/2003
La période estivale conduit l’homme à une rupture d’avec soi-même. Elle le pousse à rompre l’attachement à son passé, à quitter son quotidien pour accéder à une autre dimension qui semble incertaine et pourtant qui force à croire encore l’espace d’un instant en une possibilité ultérieure, presque utopiste… Espérer pouvoir créer une fois encore dans cet entre-deux estival un espace de liberté qui nous est propre, l’investir un temps pour goûter à nouveau à cet essentiel, notre propre mystère, et le faire fructifier peut-être pour cet ailleurs qui nous parle… La fête techno devient alors tout à coup ce temps de l’entre deux où la musique et les arts électroniques, bien qu’éphémère et évanescent, sont profondément enracinés dans une réalité sociale qui offre à nos cités urbaines, figures d’une modernité industrielle en déclin, de renaître sous une nouvelle forme d’expression et de conforter notre manière de vivre. Ces rituels festifs permettent de redécouvrir ces lieux désertés, dénués, oubliés, pour les « réinvestir », les habiter à nouveau d’une présence auparavant enfouie et les élever au sacré, devenant lieux momentanés et pourtant éternels de l’existence commune, lieux d’initiation au voyage jusqu’en son être intime, lieux d’expérience singulière d’un rapport à soi, aux autres et au monde… Alors dans cet entre-deux, ces rituels d’union permettent d’ouvrir un espace de consolation face à une certaine détermination mélancolique que semble fixer notre société, une surréalité plus complexe où certes "l’anomie subversive se mélange étroitement à l’effervescence créatrice", mais qui cependant conduit à une découverte de l’entièreté de l’être. L’homme se dévoile pour mieux accéder à sa vérité plénière et revêtir le manteau de la fraternité festive faite de sagesse et de folie, d’amour et de crainte, afin de faire l’expérience sacré, célébrer la vie dans un partage d’émotions, dans une sincérité des corps, expression de notre quête d’infini, de notre soif d’absolu, celle de la joie dans les retrouvailles de soi-même, de l’autre et du Tout-Autre.
texte inspiré de l'ouvrage "la fête techno : tout seul et tout ensemble" B. Mabilon-Bonfils C.C. 06/2004
Ce set marque le retour au style fondamental du projet ZoolooK avec une techno tribale foisonnante et généreuse, après pratiquement une année de veille, l’ayant quitté au sortir de l’été, cet autre accueilli autour des mixes « songe » et « altérité ». La sélection s’étale sur quelques mois prenant densité au seuil de la période estivale, signe d’époque, prégnance à nouveau d’une nécessité d’enracinement. Ici, la musique veut mettre en scène l’archaïsme originel, pour mieux la reconnaître, l’apprivoiser et en révéler sa fécondité permanente. C’est ainsi que le mixe s’inaugure sobrement avec « THX » sur Minus record pour éveiller doucement la pulsation primitive à la lumière de l’été dans une ambiance légère et atmosphérique avec « Dark Angel » et « Stamp ». Alors Leandro Gamez et Steve Larson finissent de donner vitalité à cette plongée dans l’épaisseur tribale. Les mélodies minimalistes, fascinantes, de plus en plus rythmées de Mhonolink, Hardcell et Chris Liebing raniment la transe archaïque et ritualisent les forces de vie et de mort qui soulèvent l’homme, l’étreignent dans une sorte d’exubérance du corps, une expression charnelle de l’anima, jusque dans l’effervescence des clameurs de Patrik Skoog et Redhead, jusque dans la techno enivrante à l’excès de Adam Beyer, la sauvagerie, l’hystérie musicale du projet « entertainment » de Hardcell, une danse sacrée qui se cristallise dans les rumeurs tribales de Paul Nazca.
Saisir la force du rituel festif techno qui donne profondeur aux choses et réenchante notre modernité.