Musique : Tikal
Like : un Bar lounge with orange girl...
Dislike : défaite en 1/2 finale aller...
Méditation : Ainsi nous vivons et toujours prenons congé. Rilke


Je ne sais toujours pas encore m'asseoir au coin du monde...


Oui, je ne sais pas vraiment contempler le monde et son jardin, je ne sais pas en distinguer l'oeuvre et sa profonde réalisation. La nature est encore trop pour moi un puissant stimulant de caractère, une évocation, un simple moyen de m'exprimer, un instrument sur lequel je m'hasarde à quelques notes personnelles tellement crédules et maladroites.
Je me laisse constament entraîner par l'âme qui émane de moi. Elle me domine de son immensité, de sa présence démesurée comme les prophéties emplissent les oracles. Je marche les yeux grands ouverts (eyes wide shut) pour ne percevoir que les visions qu'elle m'inspire, submergé d'émotions en toutes parts, pleines et confuses.

Je dois mûrir ce regard, le façonner, le travailler pour en dépasser les premières impressions trop affectives, enfermées dans un univers que l'on a construit à sa mesure. Cela exige une ouverture au monde, l'acceptation des choses telles qu'elles sont, la volonté de ne pas être prisonnier de ses tempérences, de ses propres goûts ou encore des préjugés, des conventions et des idées reçues, le courage aussi de ne pas fermer les yeux devant les choses laides ou terrifiantes, les tragédies de l'existence.

Il nous faut sans cesse danser sur la corde raide et surtout avoir le grand courage à jamais de regarder le gouffre qui s'ouvre sous nos pas. Parvenir à concilier jusqu'en sa manière d'être, l'ouverture au monde, la joie de saisir la diversité de ses formes et de ses couleurs, avec ce repliement sur soi dans la conscience de la mort. Et finir par s'engager délibérement dans l'aventure existentielle, avec cette exigence de totalité que la plupart des hommes ont sacrifié à leur conception pratique de la vie.

*
* *


L'artiste ne peut se complaire dans une sorte d'esthétisme. Son propre talent, quelle qu'en soit la hauteur, ne doit pas lui cacher les problèmes de l'existence. Car ni la musique, ni la poésie, ni même toute autre forme d'art, ne distraient l'homme en l'empêchant de prendre conscience de la condition tragique de son existence. Leurs formes esthétiques, pour plaisantes qu'elles soient, ne substituent pas, à un monde soumis à l'angoisse et l'incertitude, un monde de rêve et d'évasion.

Ainsi, en toute aventure existentielle, la recherche du beau, du merveilleux, la quête d'absolu, du regard extatique, ne signifie pas négation de la laideur, ni refus de voir l'horrible. L'artiste se doit d'avoir la volonté d'affronter tout le réel, sans exclure les choses viles et repoussantes. Cela exige chez lui don d'amour et vertu d'humanité.

L'artiste ne peut se contenter d'exprimer ses sentiments ou se complaire dans un vague sentimentalisme un peu mièvre. L'amour que l'artiste éprouve n'est ni une passion, souvent violente et dévorante, et finalement éphémère, ni un excès de tendresse affectée qui veut retenir au foyer l'enfant prodigue. Cet amour naît à l'épreuve du temps et se concrétise dans l'ouvrage de toute une vie, pour devenir oeuvre. Cet amour est tout entier consumé dans l'acte créateur. Il n'est plus alors montré, étalé, raconté ; il s'est fondu dans l'oeuvre au point de ne plus transparaître mais de grandir dans son propre espace.

Nul n'est artiste s'il ne possède le don d'amour. Cependant il ne suffit pas d'épancher ses sentiments. Car il faut faire, réaliser, opérer patiemment cette difficile transmutation des expériences et des émotions... En un mot, il faut créer.

Tag(s) : #pensées...

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :