Musique : promise, zoolook
Like : un rayon de soleil après autant de flotte
Dislike : coupure de gaz
Méditation : on ne pourra être fort demain que si on est fort dès à présent.

La passion, l'entêtement à obtenir ce premier titre en tant qu'entraîneur, me pousse à persévérer sur le bord du bassin, la rage au coeur, acharné sur mon travail... Revenir à l'essentiel quand tout se met à vaciller, quand un flottement se faire sentir dans les esprits, quand le résultat nous échappe... Revenir à la séance d'entraînement. Cet ordinaire. Avec humilité et assiduité. Avec sérieux et discipline. Alors le plaisir vient à nouveau de lui-même quand on voit chez les joueurs de l'application, de l'attention, de la vigilance, de la motivation, de l'envie d'apprendre et de bien faire et que chaque forme joué se transforme en final des championnats de France...
C'est retrouver le sens de l'effort, de la discipline, du sacrifice qui vient se transcender en envie, en fraîcheur, en passion... C'est construire une culture de la gagne où chaque exercice d'entraînement devient un challenge, où le moindre petit jeu est un défi qui fait émerger une force mentale à toute épreuve et donne un caractère à l'équipe, capable de s'arracher dans le moindre match, capable de ne pas lâcher un seul ballon, de jouer à fond tout le temps, une envie énorme dans le ventre de vaincre...
Le plus difficile est biensûr de maintenir constamment ce niveau d'exigence... Toujours mettre en valeur ce qui nous motive, toujours rappeler les échéances sportives, toujours expliquer l'intérêt de chaque série, de chaque exercice... Rappeler à chaque joueur sa responsabilité vis-à-vis de l'équipe, ce que le groupe est en droit d'attendre de lui par respect et surtout par considération de l'équipe... "si un joueur commence à jouer avec une médaille autour du cou, il est en déclin. C'est valable pour un entraîneur..." souligne Gérard Houiller. Il y a donc forcément des moments difficiles dans une vie de groupe, quand une certaine satisfaction personnelle, une forme de complaisance ou une certaine lassitude apparaissent et viennent parfois provoquer des relâchements, des égarements, et inévitablement des conflits...
Le plus dur pour un entraîneur, c'est bien cela : construire un groupe qui deviendra une équipe. Fonder une fatrie autour d'une identité commune, un état d'esprit qui fait que tous les joueurs se sentent concernés par l'équipe et se reconnaissent entièrement dans cette équipe. Tout cela non pas pour faire décoration et se donner certaines considérations, mais pour que la rigueur soit au service d'une discipline de jeu, pour que la solidarité et la générosité dans le jeu ne soit pas de vains mots mais une réalité visible sur le terrain. Quand un joueur est en difficulté et se fait passer, que font les autres ? Se sentent-ils concernés ? Est ce qu'ils l'aident, le couvrent, l'encouragent ou est ce qu'ils se contentent de le regarder sans que rien ne se passe, pire encore est-ce qu'ils lui reprochent sa perte de balle, son erreur défensive ? Participer au jeu d'une équipe, c'est faire tout ce qui est en ses capacités pour offrir à ses partenaires les meilleurs conditions de jeu, surtout et avant tout lorsque l'équipe est en difficulté. C'est avoir la volonté d'apporter la victoire à l'équipe.
Cela exige de l'entraîneur, non pas simplement qu'il impose ses valeurs et son jeu en gueulant sur le bord du bassin, mais surtout qu'il ait une grande connaissance de ses joueurs, une volonté de maîtrise et de contrôle de tous les paramètres, une obstination à protéger son groupe, à préserver son équilibre, à sentir ses besoins pour une gestion la plus efficace de son fonctionnement. Un entraîneur doit se situer dans l'anticipation, doit sentir se profiler sa saison... Et surtout il ne doit pas craindre d'afficher ses convictions, car détenant tous les paramètres, lui seul est en mesure d'estimer la valeur de son équipe. Il sait qu'un succés se construit, se prépare, suivant des critères essentiels...

En ce sens j'ai aimé l'entretien de Gérard Houiller dans l'équipe du Lundi, notamment son analyse de sa confrontation avec l'un de ses nouveaux joueurs centraux Alou Diarra... Celui-ci a eu la maladresse de déclarer publiquement qu'il n'estimait pas jouer autant qu'il aurait pu l'envisager. C'était manquer de respect vis-à-vis de l'ensemble des joueurs de l'équipe, mais aussi des choix du coach. Ce dernier lui a fait clairement comprendre que son groupe ne fonctionnait pas suivant les intérêts individuels au détriment de l'intérêt collectif. Si le coach a pris des dispositions à hauteur de l'affront afin de préserver et de conforter ses positions, pour autant dans son analyse du processus qui a pu amener le joueur à cette situation, il n'oublie pas de se remettre en question dans sa gestion du joueur et reconnait qu'il a fait une erreur en ne le convoquant pas aux différents stages d'intégration du début de saison. Savoir constamment interroger son coaching est le trait d'un grand entraîneur...

Continuer de se former, en suivant l'actualité sportive de son sport, en visionnant des matchs de haut niveau, en consultant les interviews et les conseils techniques, tactiques d'entraîneurs reconnus, en multipliant les rencontres avec les différents acteurs de son sport, en suivant les entraînements de l'équipe première, en cherchant constamment à combler une déficience théorique quand elle apparaît au cours des séances d'entraînements, et au final se présenter à l'examen de cadre technique sportif/entraîneur de haut-niveau...


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J'aime cet extrait de Kill Bill, mettant en image l'entraînement austère de Béatrice Kiddo "The Bride" sous la direction de son maître Paï Meï. Elle vient expliciter son caractère fort, son entêtement et sa tenacité à se battre en toute circonstance, mais aussi quelque part cette rancoeur qu'il l'habite vis-à-vis de Bill. Quelqu'un m'a dit il n'y a pas très longtemps qu'être rancunié, c'était être exigeant vis-à-vis des personnes au sens où c'était accorder une grande valeur à la relation qui les lie l'un à l'autre.



Le haut niveau, c'est la répétition de l'exigence, il faut viser en permanence l'excellence. Ne jamais banaliser la moindre victoire, au risque de s'y habituer, d'en perdre la saveur et de connaître un relâchement fatal, car on ne pourra être fort demain que si on est fort dès à présent.


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Etre entraîneur est d'une très grande solitude. C'est quelque part, d'une certaine manière, avancer seul contre tous, c'est être constamment en état d'éveil, vivre avec la rage au ventre, toujours en pression, mais rendre cette pression positive, en faire une force d'abnégation et de tenacité... Il faut accepter que les réussites attisent les convoitises, les jalousies... Grandir dans son métier avec ce symptôme propre aux compétiteurs, la déchirure du manque d'une juste reconnaissance de nos victoires, du manque de considération à hauteur de l'investissement à l'entraînement, des efforts consentis, des sacrifices faits pour parvenir à ce niveau d'exigence...

Tag(s) : #Oracle au temple aquatique

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