Musique : Réminiscence, Zoolook
Like : retrouver mes jeunes joueurs d'un grand respect...
Dislike : match en semaine porte de la chapelle...
Méditation : C'est donc ici que les gens viennent vivre ?
Je serais plutôt tenté de croire que l'on meurt ici.
Rilke

L'existence du terrible dans chaque parcelle de l'air. Tu le respires avec transparence ; et il se condense en toi, durcit, prend des formes pointues et géométriques entre tes organes ; car tous les tourments et toutes les tortures accomplis sur les places de grève, dans les chambres de la question, dans les maisons de fous, dans les salles d'opérations, sous les arcs des ponts en arrière-automne : tous et toutes sont d'une opiniâtre indébilité, tous subsistent et s'accrochent, jaloux de tout ce qui est, à leur effrayante réalité. Les hommes voudraient pouvoir en oublier beaucoup ; leur sommeil lime doucement ces sillons du cerveau, mais des rêves le repoussent et en retracent le dessin. Et ils s'éveillent, haletants, et laissent se fondre dans l'obscurité la lueur d'une chandelle et boivent comme de l'eau sucrée cette demi-clarté à peine calmante. Car hélas, sur quelle arête se tient cette sécurité ? Le moindre mouvement, et déjà le regard plonge au-delà des choses connues et amies, et le contour, tout à l'heure consolateur, se précise comme un rebord de terreur. Garde-toi de la lumière qui creuse davantage l'espace ; ne te retourne pas pour voir si nulle ombre ne se dresse d'aventure derrière toi comme ton maître. mieux eût valu rester dans l'obscurité, et ton coeur illimité aurait essayé de devenir le coeur lourd de tout l'indistinct. Voici que tu t'es repris en toi, que tu te sens prendre fin dans tes mains et que, d'un mouvement mal précisé, tu retraces de temps en temps le contour de ton visage. Et il n'y a presque pas d'espace en toi ; et tu te calmes presque à la pensée qu'il est impossible que quelque chose de trop grand puisse se tenir dans cette étroitesse ; et que l'inouï même doit devenir intérieur et s'adapter aux circonstances. Mais dehors, dehors tout est sans mesure. Et lorsque le niveau monte au-dehors, il s'élève aussi en toi, non pas dans les vases qui sont en partie en ton pouvoir, ou dans le flegme de tes organes les plus impassibles : mais il croit dans les vaisseaux capillaires, aspiré vers en haut jusque dans les derniers embranchements de ton existence infiniment ramifiée. C'est là qu'il monte, c'est là qu'il déborde de toi, plus haut que ta respiration, et, dernier recours, tu te réfugies comme sur la pointe de ton haleine. Ah ! et où ensuite, où ensuite ? Ton coeur te chasse hors de toi-même, ton coeur te poursuit, et tu es déjà presque hors de toi, et tu ne peux plus. Comme un scarabée sur lequel on a marché, tu coules hors de toi-même et ton peu de dureté ou d'élasticité n'a plus de sens.

Extrait de "Les cahiers de Malte Laurids Brigge" Rainer Maria Rilke



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Il est des scènes vécues dont les résonnances marquent une existence d'une difficluté d'être. Si je pouvais arrêter de vivre en me regardant constamment vivre.

Tag(s) : #Poésie et littérature

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