Musique : "naufragé" mix

Méditation :
Ecran de métaphore, écran de lucidité, écran de logique : face au terrible, il est inévitable que s'opacifie la bulle où l'on croit se maintenir dans une vision pure.
Patrik Autréaux



Je suis un naufragé de la vie. Dans ma périlleuse traversée de l'existence, j'ai été pris dans une tempête aussi violente qu'inattendue. Une sorte de cyclone tropical ou un puissant ouragan, je ne sais pas très bien. Mes structures internes ont été sacrément ballotées, profondement ébranlées. Et mon corps avait d'ailleurs fini par me lâcher et me livrer à un ennemi inconnu sans que je le sache encore. Devant l'hostilité des éléments et des évènements, je m'étais retiré dans ma tête.

La tempête passée, un silence terrible au milieu de l'immensité bleutée. J'errais comme un vaisseau fantôme à la dérive sur une vaste étendue, l'avenir me semble-t-il, où il était difficile de m'avancer. Quelque chose de dangereusement silencieux planait sur les eaux comme une vérité implacable et mystérieuse. Ce qui me restait là, c'était cette sensation d'étrangeté. Et les nuits, un profond sentiment d'abandon. Je me sentais dépossédé de moi-même, dépourvu d'intériorité. Seul au monde. Mon plus fidèle compagnon n'avait apparement pas survécu ; mon coeur s'était figé, comme gelé sur place, dur comme pierre.

Je plongeais dans des élucubrations souterraines. Parfois l'angoisse me prenait, provoquant ces bouffées suffocantes. Le regard se bloquait dans le vague, pris dans le piège de la terreur. Il ne fallait surtout se perdre dans ce vertige prêt à m'emporter pour toujours, mais tenter de garder le cap du quotidien. Ma tenacité en la vie me poussa à me rassembler, à persévérer au grand large de la vie, où je rencontrais un ange aux yeux limpides. Peut-être une sirêne se cachait sous ses formes qui me promit une odyssée.

Mais un matin, malgré tout, ce fût le naufrage. Mon corps s'était rendu trop vulnérable, rongé de l'intérieur par un cancer. Je me trouvais alors repoussé sur une île à l'extérieur du monde, en marge. J'évoluais ainsi dans ce nouvel univers aux géographies bouleversées, où tout était plus lent, plus sourd, mais aussi plus sauvage, favorisant les conditions d'une introspection d'une exceptionnelle durée. Je me suis mis à explorer les îles de cet archipel de l'informel maladie aux longs méandres de souffrance pour comprendre la particularité de ce qui m'arrivait, afin d'en sortir. Je ne pouvais qu'avancer sur d'anciennes traces de naufragés et replacer mon destin dans la cohorte infinie de ces vies bousculées : redécouvrir mon humanité. Pendant qu'au large l'ange veille.

C.C. 10/2009



Prolongement :

- Patrick Autréaux, Dans la vallée des larmes, Gallimard, mai 2009
- Marie-Claude Pietragalla, Sade, Pietragalla compagnie 2007
- Elucubrations souterraines
Tag(s) : #Chroniques

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