Musique : "Ecrin" mix

Méditation :
"J'apprends à voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi plus profondément, et ne demeure pas où, jusqu'ici, cela prenait fin. J'ai un intérieur que j'ignorais."
Rainer Maria Rilke



 

L'automne s'incline sous le soleil brumeux pour envelopper la terre de son manteau de feuilles cruivrées. Les grands arbres semblent se retirer dans le froid silence de la nuit toujours plus douloureuse. Les jours s'éteignent sous une pluie fine qui vient mouiller nos coeurs meurtris. Dans l'almanach des temps, la mort s'invite à notre table posée sur les dalles de nos anciens. Elle nous murmure d'une mélodie envoûtante notre arrogance à se criper à nos certitudes. Au loin résonne son écho plaintif qui vient dessiner en notre être des larmes qu'étrangement la foi n'efface pas. Je m'égare dans les allers aux pierres nues comme happé par un grand vide. La vie semble s'échapper et se perdre dans sa complexité et ne montrer qu'une densité acerbe qui me renvoie à ma propre solitude. Immensément rien.
Et pourtant mon coeur fragile dans ce chaos universel sourde sa perpétuelle mélodie... Tel un écrin sur une commode drappée, l'automne recèle dans l'enfouissement secret de la vie au terreau de l'invisible, comme un doux et tendre chuchotement qui pousse à regarder plus profond que la réalité éteinte. Ma vie s'est cachée au creux de ces gestes, de ces regards, de ces mots, capables de muer cette inconsistance en émotion, cette désillusion en rêve, cette violence en harmonie, ce vacarme intérieur en mélodie.

La joie qui soigne nos écorchures est essentiellement un don de vis-à-vis, quand nous nous découvrons vivants d'aimer et d'être aimés.



C.C. 11/2006

 




Prolongement :

- Les cahiers de Malte Laurids Brigge, Rainer Maria Rilke >> Extrait
-
Les fleurs du mal, Baudelaire
Tag(s) : #Chroniques

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