Musique : behind blue eyes
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ballade dans le quartier...
Dislike : le frangin trop longtemps ici, besoin d'être seul.
Méditation : Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as fait un corps. He 10, 5

Comme je le disais auparavant, il y a comme ça des rendez-vous intuitifs que l'on prend avec une oeuvre quelque soi. Ce fût le cas avec le livre, Le peuple de dieu dans la nuit de Eloi Leclerc. Si l'ouvrage m'a déjà largement inspiré sur le mix Constellation, il me semblait interessant d'en fournir ma propre lecture, bien que de très belles recensions en proposent déjà une bonne approche. L'ouvrage interroge nos raisons de vivre, nos difficultés à donner sens à nos vie dans un monde en constante mutation.

Nous vivons certes une époque formidable marquée par les grandes avancées technologiques, où l'homme semble avoir une prise de plus en plus grande sur le monde qui le porte. Notre société sécularisée offre abondance et profusion de vie et ses paysages forcent l'admiration et le respect par leur grandeur, leur puissance et leur faste. Notre société nous enveloppe de son fascinant pouvoir de suggestion, par ses immensités partout présentes. Et la fascination de ces éclats extatiques et lisses qui s'étalent sous nos yeux et qui semblent s'enraciner dans l'éternel sont bien de nature à nous troubler. Elle vient nous poser par certaines heures des questions inquiétantes.
De cette maîtrise du monde par l'homme toujours plus présente, la société s'est élevée et rassemblée dans une modernité achevée. Elle s'est organisée avec la rigueur et la minutie qui fonde son autorité et sa suffisance. Elle absorbe chaque progrès avec assurance pendant qu'elle organise, hiérarchise, divise, jusqu'à fragmenter ces repères et niveler ces valeurs qui faisaient son identité, jusqu'à morceller cette totalité première qui disait le sentiment d'appartenance. La société repousse l'homme dans l'étrangeté des surfaces aveuglantes de la cité, elle le retranche dans l'hypnose des labyrinths urbains, créant autour d'elle des déserts de réalité, un désenchantement du monde. Voilà qu'au milieu de ce monde sans relief, l'homme se sent un exilé gagné par la solitude. "Un ennui de soi qui vient à celui qui s'est senti trop longtemps, trop exclusivement rassemblé".
L'homme est effrayé devant la métamorphose des mondes, société aux activités multiples et diversifiées, aux accroissements perpétuels, aux technologies complexes et envahissantes, aux mondes cosmopolites, pluralistes. L'homme a perdu la trace de ses pères, il a oublié les grandes lois de sa tradition, il a brisé ce lien familier qui l'attachait au monde, la communauté et la nature, il a rompu l'alliance d'avec son dieu. C'est là un immense déchirement pour l'homme. Un dérangeant sentiment d'étrangeté face au monde parcourt l'homme. Il se sent singulièrement abstrait, bizarement déraciné, étranger à la société qui l'a vu naître, sans épaisseur, une sorte de transparence, un douloureux vide intérieur...

Voilà, c'est un peu de cette expérience qu'ont éprouvé les croyants juifs lorque suite au désastre national en 587 av. JC, le peuple d'Israël fût déporté et exilé dans l'immense empire Chaldéen dominé par la grande Babylone. Ils connurent alors une nuit totale des institutions religieuses qui encadraient le peuple. Tout leur fût enlevé. Perdus dans la nuit de leur foi, ils ne savaient plus à qui s'en remettre. C'est alors que dans cette profonde détresse humaine, ils apprirent par le biais des grands prophètes à écouter leur coeur et à redécouvrir les fondements de leur foi.
Ce que beaucoup de personne vivent aujourd'hui dans leur aventure spirituelle n'est pas sans rapport avec cette tragique expérience du peuple de la bible. Certes les situations sont très différentes. Mais cette expérience a été vécue à une telle profondeur humaine qu'elle transcende les circonstances historiques dans lesquelles elle s'est déroulée. Dans ces moments de dépouillement, la foi devient une aventure qui rejoint la grande aventure humaine. Nous aussi aujourd'hui, nous nous heurtons parfois à "cet étrange secret dans lequel dieu s'est retiré".
Avec l’auteur, nous rejoignons les déportés, nous partageons leur désarroi mais aussi nous découvrons le souffle de vie qui les fait renaître. Il dessine les atmosphères qui nous permettent de porter un regard plus profond sur cette page d’histoire du peuple de Dieu. Tout en respectant et en laissant chacun à sa propre nuit, il nous invite alors à retrouver le chemin de notre coeur pour y redécouvrir la source de toute vie.

à suivre

Tag(s) : #réflexions

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