Musique : Diaphanie, Zoolook
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odeur du café au réveil...
Dislike : migraine ophtalmique...
Méditation : La maturité spirituelle est toujours celle d'un coeur de chair.

Je feuillette un bouquin en ce moment, "Par-delà nature et culture" de l'anthropologue Philippe Descoua dans la ligné d'un Claude Lévi-Strauss. Il met en évidence que l'homme occidental s'est séparé lui-même de la nature en la relégant à un simple objet d'observation dont il s'en est détaché de par son intériorité revendiquée. Mais seul l'homme occidental prétend avoir l'exclusivité d'une intériorité sur les traces d'un christianisme qui place l'homme sur un piedestal.
Alors que dans le monde, de nombreux peuples pensent leur rapport à la nature autrement. Dans les pays orientaux, le monde est perçu comme une infinité de singularité. Il n'y a qu'a voir leur rapport aux fleurs et les jardins zen ou encore les mantras aux multiples couleurs et figures. Chez les peuples d'océanie et les indiens d'amériques, c'est le totémisme qui prédomine, suivant lequel l'ensemble des êtres se partagent des qualités ou des pouvoirs... d'où par exemple ces noms "danse avec les loups", "oeil de linx", "ours taciturne". Enfin chez d'autres peuples indigènes, l'homme est (reste) inscrit dans un monde où chaque être porte en lui une intériorité de même nature que celle de l'homme. L'indigène vit une relation sociale avec la nature et "ses habitants".
Bien sûr, il nous met tout de suite en garde de croire que l'une de ces visions du monde serait meilleure que les autres. Elles sont surtout issues d'un rapport à l'environnement différent suivant les modes de vie et les préoccupations de chaque peuplade. Cela n'empêche pas l'indigène de chasser. Et l'équilibre reste ainsi préservé parce que ses moyens d'emprise sur la nature restent limités. Mais il n'y a qu'à penser à la tragique histoire des îles de Paques... Ou plus concrétement le rapport ambigü qu'entretiennent les peuples avec les ONG environnementalistes ne comprenant pas que l'on doivent protéger certaines espèces, ces êtres "voisins que l'on doit tenir par la main parce qu'ils sont enrhumé"...

Alors que penser ? Comment penser notre rapport à la nature ?

Moi je pense à l'instar d'Eloi Leclerc, franscicain considéré comme l'un des grands spirituels du XXeme siècle, que notre rapport à l'environnement, notre relation à la nature est à l'image de notre rapport à l'homme, de notre relation aux autres, et cela réciproquement. Il avance cette réflexion après un long retour quelque peu autobiographique sur l'expérience tragique des camps de la mort dans son ouvrage Le soleil se lève sur Assise.
"Nous découvrons ici un lien essentiel entre la fraternité cosmique et la fraternité proprement humaine. les deux sont inséparables. La première prépare la seconde et la garantit. La fraternité cosmique est le passage obligé vers une fraternité humaine. Pour former une fraternité humaine, ouverte à tous sans exception, ne faut-il pas commencer par fraterniser avec tout ce qui existe et tout ce qui vit ? Ne faut-il pas apprendre à symphatiser avec toutes les créatures, sans en rejeter ni mépriser aucune ? Une véritable fraternité ne peut se créer entre tous les hommes qu'à l'intérieur d'une unité de création."
"Le propre de l'homme n'est certes pas de rester enseveli dans la nature ; c'est d'en émerger, de se conquérir en s'élevant au-dessus d'elle. Là est sa grandeur, mais aussi son plus grand danger. Car l'homme peut vouloir se libérer totalement de la nature, refuser sa condition de créature, devenir son propre créateur, en s'érigeant en maître souverain de la vie, au mépris des vivants qui l'entourent. C'est le rêve de la tout-puissance, avec tous ses débordements."
"Saint François d'Assise nous montre un tout autre chemin de libération. Il nous fait voir qu'on ne se libère vraiment qu'en se réconciliant. Au regard de celui qui fraternise avec les créatures, qui reconnaît et respecte le lien nourricier qui le relie à la création tout entière, l'univers cesse de s'imposer de l'extérieur. Il devient la chair de la destinée humaine. L'homme grandit en lui et avec lui. Il atteint toute sa taille, en s'universalisant. Et l'univers, en s'humanisant, trouve en lui tout sons sens."
"Cela donne au christianisme de François une plénitude et un éclat inégalés. Une plénitude et un éclat cosmiques. Ici le surnaturel n'écrase pas le naturel ; il ne refoule pas à l'arrière-plan. bien au contraire, il s'ouvre aux parfums et aux saveurs de la terre, à la beauté du monde, aux sèves montantes de la vie et du désir. Et parce qu'il est infiniment respecteux de la vie, jusque dans ses formes les plus humbles, François accueille tous les homme sans exclusion. Par-delà toutes les frontières [on serait tenté de dire ici, par-delà nature et culture...] il a retrouvé l'unité de la création. Il est ouvert à la grande fraternité humaine et cosmique."

Un autre mystique chrétien prolonge à sa manière la pensée de Saint François d'Assise. Pierre Teilhard de Chardin, passionné par la matière, a tout au long de sa vie travaillé à réconcilier la théorie de l'évolution à la foi chrétienne au risque d'avoir été accusé à tort de panthéiste (voir l'article à ce propos).

 

Tag(s) : #réflexions

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