Musique : Prologue - helictite labyrinth - Gaudi
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Méditation : Le feu sacré est redoutable. L'absence de sacré est dévastatrice. R. Debray.

En prologue, je dirai que ce n'est pas à mon habitude de propagander, tout simplement peut-être parce que je n'ai pas d'idée construite et toute faite, parce que je me méfie moi-même de ceux qui s'érigent en détenteur de la parole, parce que j'ai encore moins la capacité à formuler une idée que je ne veux pas enfermer dans un discours réthorique, et parce que surtout et finalement je pense que la vie en sa grande compléxité m'échappe. Tout simplement. Puis ce n'est pas l'intérêt de ce blog, si ce n'est de chanter maladroitement (avec crédulité ?) l'amour fraternel. Quelque part chanter l'éclosion fragile d'une âme humaine, dans l'intime, loin des soubresauts de la société et pourtant ancrée en celle-ci. Je suis éducateur sportif et en temps qu'éducateur par le sport, les évènements qui marquent notre temps m'obligent à m'interroger sur ma manière d'éduquer et sur le sens de cette éducation à transmettre.


Silencieuse ou bruyante, la révolte gronde. On croit bien dire tant les réactions en banlieue de nos grandes villes semblaient inéluctables. On oserait presque le mot 'normal' car prévisibles, sous-entendu justifiés et plus encore légitimes. Mais est-ce vraiment le cas ? S'agit-il vraiment d'une révolte au sens propre du terme ? Si c'est le cas, est-elle légitime ?
Bien sûr je n'ai pas réponse à ces questions. Je suis comme tout un chacun interpellé par les événements. Je m'interroge. J'essais de comprendre, de tirer une lecture de ce qu'il semble être un phénomène de société. Ce n'est pas évident de décrypter le phénomène au travers des médias, toujours aussi racoleurs, sensationalistes qui font malgré tout le jeu de celui-ci et en réactive l'existence. Alors que penser ?


Commencons par cette forte conviction. Que veulent les hommes ? Ils veulent vivre, vivre dans la dignité. Vivre en tant qu'homme dans une humanité en marche.
Vivre dans un monde fait de rencontres et d'échanges. Notre civilisation humaine s'est construite, parfois douloureusement, sur cet échange entre les peuples devenu commerce. L'homme sait de cette vérité intime qu'il porte en lui, qu'il ne peut vivre sans l'autre. Et aujourd'hui l'homme sait que ce qui fait tourner plus ou moins rond la planète, ce qui domine le lien entre les hommes, ce sont ces relations internationales, les relations économiques et de commerce. Au risque d'en perdre le sens.
Car les hommes veulent vivre certes, mais vivre dans un monde qui leur parle, qui dit de ce qu'ils sont fait, de ce qu'ils sont batît. Et notre civilisation s'est construit des histoires et des cultures, parfois tragiques mais à la mesure de l'homme, qui parlent à chaque peuple.
L'homme veut vivre. Et il vit dans une réalité qui le dépasse. Il en accepte ses mystères. Il a su percevoir une surréalité l'entourant qu'il a du apprivoiser et avec qui il a du composer. Notre civilisation s'est construit des religions, parfois dogmatiques mais sensibles à l'infini possibilité de l'homme. L'homme a toujours voulu vivre. Et encore aujourd'hui, il a la persévérance et la dignité de vouloir vivre dans un monde complexe qui semble parfois tant le submerger.



Mais cependant aujourd'hui, une partie de la France se sent délaissée, oubliée, marginalisée, pire encore, stigmatisée et montrée du doigt, prise en otage au milieu d'une guerre de clochers qui n'est pas la sienne mais dans laquelle on tente de l'enfermer, "pour ou contre", et sur laquelle on tente d'attiser la haine et l'ostracisme en tout genre. Comme l'explique Régis Debray, philosophe : "De bons esprits nous enjoignent de ne pas "culturaliser" une crise dont les clés sont d'évidence le chômage et la ségrégation. Ce serait justifier un "choc des civilisations" et disculper nos classes dirigeantes de leurs responsabilités. Une guerre de religion brûle des hommes. Une guérilla sociale brûle des voitures". Non la révolte n'est pas éthno-religieuse comme on tente de nous le faire coire. La révolte est sociale. Nous vivons une insurrection sociale qui gronde depuis longtemps, 1995, 2002... Quelque part, j'ai grandi avec cette barbarie intérieure. Peut-être s'agit-il d'une question de bon sens...

Certes, si on ne peut sous-estimer les croyances culturelles qui fondent nos moeurs, on ne peut pas non plus les réduire à des appartenances religieuses. Il faut arrêter de focaliser sur le religieux, les médias en premier de cristalliser chaque conflit en choque des civilisations. Aujourd'hui on voudrait imputer au religieux la violence de nos banlieues et de la société en générale. Mais il s'agit de bien autre chose que d'une rebéllion de fanatique. C'est un affrontement bien plus complexe qui engage le politique, l'économique, le social, le culturelle...
Tout simplement pour exemple qu'être musulman, juif ou chrétien dans les beaux quartiers, ce n'est pas être musulman, juif ou chrétien dans les banlieues. Ce n'est pas au quotidien le même rapport à la religion, aux différentes cultures qui s'en dessinent, à l'histoire de la France, à l'économie de la société, à la politique. Enfin il me semble qu'à un moment donné, on n'a pas les mêmes préoccupations, les mêmes questionnements et les mêmes priorités.



Non le problème est ailleurs. L'essentiel du problème est l'exclusion sociale. Les révoltes naissent sur le terreau des misères humaines.
Aujourd'hui une partie de la France est marginalisée dans ces ghettos constitués sur fond d'immigration massive non maîtrisée, parce que rejetée au seuil de la cité, oubliée, niée, devenue sujet tabou. Elle fait l'expérience quotidienne de la discrimination, de la précarité d'emploi ou du chômage, l'expérience au quotidien de la précarité de logement, personnes mal-logés ou non logés, dans l'attente improbable d'un logement qui sera souvent insalubre. L'expérience du surendettement aux crédits de consommation. L'expérience de la précarité et de la pauvreté, source de toutes les souffrances sociales, de la déstructuration de la cellule familliale, de la marginalité du père, du matriarcat naissant, de l'échec scolaire, de la dissolution du lien social, de l'absence tragique du partage fraternel. Liberté, Egalité, Fraternité quand tu n'est plus là.
Et forcément, la misère humaine est sentiment d'injustice, de crainte et de peur face à l'avenir, source légitime de colère, mais qui conduit aussi malheureusement au ressentiment, jalousie de l'autre, méprise de l'autre jusqu'à la haine et le rejet de l'autre. Les gens ne sont pas dupes et à juste raison ne trouve pas normal qu'une France compétitive sur le marché de l'économie mondiale est autant de laissés-pour-compte. Comment valoriser le travail et l'activité professionnelle quand il y a aucune mesure forte de promotion de la reprise d'activité ou que celles-ci sont insignifiantes au regard de revenus de solidarités et d'aides sociales toujours plus nombreuses et alambiquées. Les gens sont amères devant l'inefficacité du système de redistribution, honteux et tristes qu'on les cantonne dans une politique lâche de soutient, d'assistance, voir d'assistanat. En colère qu'on les stigmatise comme "de la racaille", comme "des flemmards qui ne veulent rien foutre". Ils cherchent désespérement des interlocuteurs avec des convictions fédératrices et ils ne trouvent face à eux que le marché et la police, à défaut de pouvoir politique juste et efficace, qui fait justice avec efficacité pour tous ces laissés-pour-compte. Il faut bien comprendre que le désir de politique est toujours très présent, mais revendiquant une alternative à la mascarade des élections, des petites guerres mondaines de partie.


Car nombreux sont ceux qui dans l'ombre prolifèrent sur le dos de ces fragilités humaines, s'érigeant en détenteur du pouvoir, en docteur de la loi, en maître du savoir, en prêtre de l'apocalypse ou en marchand de bonhneur... L'adage n'est pas nouveau, diviser pour mieux régner. Loin de combattre le sentiment d'insécurité, tout est fait de sorte qu'il perdure dans cette peur intestinale d'être happé par le bas, opposant pauvres et très pauvres entre eux, ces premiers étant une menace clairement identitfiée pour les premiers qui tentent de conjurer le déclassement social, pendant que les classes moyennes peu concernées par les mesures sociales s'indignent de tant de revendications "dans ces ghettos". Les partis politiques, loin d'endiguer l'injustice sociale, l'exploitent de ses diverses discriminations et ségrégations pour mieux servir leur cause, leur jeu facilité par la mass média entrée en résonnance, profitant de cette manne, et donc par là-même la justifiant, n'offrant aux gens que des rêves de richesses consuméristes, ayant du coup pour seuls repères le marché et la police, en deux mots, l'argent et le pouvoir.
Notre Etat n'inspire plus le respect, encore moins le culte de la République qui bafoue ses enfants, et bien plus que sa démagogie, paie de sa lâcheté et de son hypocrisie, voir de son insolence, la révolte des plus petits, "la France d'en bas", qui n'a plus rien à perdre, plus rien à revendiquer, plus de raison si ce n'est son droit à la vie. Agressivement. Tribalement. Ne faisant que reproduire ce que la société lui montre.


Martin Hirsch, président d'Emmaüs France à la suite de l'Abbé Pierre, écrivait en août 2005 : "Dans les sphères dirigeantes, où l'on est censé avoir conscience de l'efficacité de ce que l'on entreprend, on entend parler d'insurrection sociale et on se demande quand elle va arriver. Nos responsables ont donc intégré les risques d'explosion sociale, tout en s'étonnant qu'elle ne se produise pas. Mais ce n'est pas le signe que les gens se satisfont de leur sort, juste qu'ils redoutent que la rebéllion se retourne contre eux et non contre le système."

 


voir aussi :

17/11/05 - Interview du philosophe Edgar Morin sur RFI-L'express : >>>
18/11/05 - L'article polémique du philosophe Alain Finkielkraut : >>>

23/11/05 - Réaction dans le journal Le Monde : >>>
25/11/05 - Réaction dans le webzine Primo-Europe : >>>
25/11/05 - Réponse d'Alain Finkielkraut sur Europe 1: >>>
25/11/05 - Réaction dans le journal Le Monde : >>>
25/11/05 - Chronique de Régis Debray dans le journal Le monde : >>>
26/11/05 - Entretient d'Alain Finkielkraut dans le journal Le Monde : >>>
27/11/05 - Réaction du journal Libération : >>>
29/11/05 - Réaction dans le webzine Primo-Europe : >>>



prolongement :

> Michel Maffesoli, Le temps des tribus, 2000
> Martin Hirsch, Ces peurs qui nous gouvernent, 2002
> Martin Hirsch, manifeste contre la pauvreté, 2004

 

 

 

 

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